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Cendrillon, un théâtre à voir en famille

Cendrillon, un théâtre à voir en famille Ariège Pyrénées

La Cendrillon de Pommerat s’appelle Sandra et elle croit comprendre dans les dernières paroles de sa mère mourante qu’elle doit penser à elle toutes les cinq minutes sous peine de la voir mourir vraiment. Une tonitruante montre chantant une musique horripilante lui rappellera ce serment, gag acide qui installe un rire qui se fait vite dérangeant. Vite évacuée dans le conte de Grimm, la mort de cette mère est le coeur battant de cette histoire, réflexion stimulante sur les liens entre chagrin et culpabilité.

Forcée de suivre un père lâche pour emménager chez une belle-mère tyrannique et ses deux pestes de filles, la très jeune fille est vite parachutée au cœur d’un monde immense et compliqué. Il va falloir s’élever, se cogner à la vie, se trouver des rites pour dépasser la peur, accepter la mort  de sa mère et peut-être, se frotter à l’amour.

Une fois encore, Joël Pommerat ne nous raconte pas d’histoire. Ici, les fées sont loin d’être enchanteresses et les princes, pas comme on les attend… La réalité vient sérieusement décaper le célèbre conte des frères Grimm. « Le théâtre ça bouge, ça fait du bruit » et chaque mot sortant de la bouche de Sandra vous donne des frissons. Pas de mensonges et de mièvreries ! Mais des scènes d’une beauté sidérante, enveloppées de féérie et de mystère. Une pièce magique qui fascine et bouleverse et  qui sauve la vie.

Cendrillon subjuguera tous ceux qui, de 8 à 88 ans, refusent de choisir entre leur âme d’enfant et leur réalité d’adulte.

En contrepoint de ses créations pour adultes, Joël Pommerat s’investit régulièrement dans une démarche dédiée aux enfants. Après Le Petit Chaperon Rouge en 2006 et Pinocchio en 2008, il revient aujourd’hui au conte dont il affectionne la dimension narrative (beaucoup de ses spectacles sont structurés par la présence d’un narrateur présentateur sur le plateau) et l’art d’exposer, sans résolution simpliste, les multiples facettes de questions complexes : le bien, le mal, la peur, la mort,… En réécrivant ses propres versions des contes traditionnels homonymes, il fait mine de nous emmener en pays connu (et, dit-il, ce recours à un fond d’histoires partagées par tous met l’adulte et l’enfant en relation créant un vrai lien dans le public) pour mieux ensuite dérouter nos imaginaires et nous inviter à opérer nos propres réappropriations d’un matériau très riche. Il dit aussi aimer sortir du sérieux de l’artiste qui ne créerait que pour un public «averti», adulte et se mettre au défi car il y a une vraie exigence quand on travaille pour le public enfant.

 « S’il m’arrive d’écrire à partir de contes aujourd’hui, c’est parce que je suis certain que ces histoires vont toucher les enfants bien sûr, mais qu’elles vont me toucher également moi en tant qu’adulte. Ces histoires, ce qu’on appelle aujourd’hui des contes, ne sont pas destinées à l’origine aux enfants, Le Petit Chaperon rouge et Cendrillon (Pinocchio est à part, ce n’est pas un conte traditionnel) sont des histoires qui à l’origine ne s’adressent pas aux enfants, et ne sont pas du tout « enfantines », si on ne les traite pas de façon simplifiée ou édulcorée. Les rapports entre les personnages peuvent être violents et produisent dans l’imaginaire des émotions qui ne sont pas du tout légères. Ce sont des émotions qui ne concernent pas seulement les enfants.
Je me suis intéressé particulièrement à cette histoire quand je me suis rendu compte que tout partait du deuil, de la mort (la mort de la mère de Cendrillon). À partir de ce moment, j’ai compris des choses qui m’échappaient complètement auparavant. J’avais en mémoire des traces de Cendrillon version Perrault ou du film de Walt Disney qui en est issu ! : une Cendrillon beaucoup plus moderne, beaucoup moins violente, et assez morale d’un point de vue chrétien. C’est la question de la mort qui m’a donné envie de raconter cette histoire, non pas pour effaroucher les enfants, mais parce que je trouvais que cet angle de vue éclairait les choses d’une nouvelle lumière
Joël Pommerat

Jeudi 22 et samedi 24 mai 20h45 à l’Estive de Foix

Rencontre avec Philippe Carbonneaux, assistant metteur en scène le mercredi 21 mai à 16h au Bar de l’Estive.

Renseignements et réservations au 05.61.05.05.55 / accueil@lestive.com /www.lestive.com

Crédit photo : Cici Olsson

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